Pour la modernisation du FFS

Pour  la modernisation du FFS

 PREAMBULE

Il y a quelques jours, les militants du FFS ont commémoré le 36ème anniversaire de la fondation du parti. Dans quelques mois, ils s’apprêtent à vivre un événement décisif : la tenue du IIIème congrès national. Dans ce cadre, une Commission de Préparation du Congrès National (CPCN) avait été installée en juin 1998. La sous-commission « stratégie politique » qui, logiquement, aurait dû défricher le travail pour les autres       sous-commissions est paradoxalement celle qui ne s’est pratiquement jamais   réunie et, pour tout dire, qui n’a produit aucun document. Ce fait,à lui seul, est révélateur de l’ampleur des dysfonctionnements du parti.

En fait, c’est la participation aux élections et l’implication dans les institutions qui a mis à nu les faiblesses du parti. Les députés, confrontés à la nécessité de débattre et de prendre position sur les sujets les plus divers, ont les premiers réalisé que le parti n’avait pas de programme de gouvernement. Quant aux élus locaux, n’ayant jamais été       préparés à la gestion et à l’exercice des responsabilités, ils sont confrontés à des problèmes insurmontables.

Ces deux raisons conjuguées ont conduit un groupe de députés, animés par le devoir de vérité, de lucidité et de pédagogie, et dans le seul but de mieux servir le parti, à réfléchir sur les insuffisances du FFS et à formuler des propositions à même de le doter d’une vision stratégique cohérente. Cette initiative ne vise nullement à porter de jugement sur les hommes, rejetant ainsi toute approche subjective, mais seulement à ouvrir un débat sur les dysfonctionnements du parti afin de dégager les actions       indispensables à son redressement.

Au préalable, il n’est peut-être pas inutile de rappeler quelques notions      fondamentales, empruntées à la sociologie politique, pour faire comprendre ce qu’est l’essence du politique et ce que doit être un parti politique.

Les raisons fondamentales des dysfonctionnements observés apparaîtront alors sous leur véritable éclairage et permettront de mieux saisir le pourquoi des propositions avancées.

Qu’est-ce que le politique ?

Toute société, un tant soit peu différenciée, est nécessairement traversée par des contradictions et des divergences d’intérêt. Les conflits qui en résultent peuvent menacer gravement sa cohésion. Avec l’avènement du politique, la société s’est donnée le moyen de maintenir un ordre qu’elle a elle-même défini comme juste. Ce moyen consiste en la mise sur pied d’un pouvoir politique, c’est-à-dire d’une autorité publique, responsable du maintien de cet ordre, grâce au monopole de la violence légitime. Dans les sociétés les plus évoluées, ce pouvoir est institutionnalisé, en ce sens qu’il réside dans des institutions impersonnelles et non dans la personne du souverain. La forme démocratique est la forme achevée du pouvoir politique. Cette conception du politique est au cœur de la modernité.

Dans les sociétés traditionnelles, ce sont les relations à base familiale, tribale ou religieuse qui assurent la cohésion sociale et donnent l’illusion d’un ordre naturel immuable. C’est parce que les hommes se sont libérés de toute attache traditionnelle et qu’ils sont devenus des individus autonomes que la nécessité d’une instance politique destinée à sauvegarder l’intégrité de la collectivité s’est imposée. Les individus       deviennent alors des citoyens et la collectivité une nation.

C’est pour cela que la démocratie, comprise comme une procédure destinée à gérer pacifiquement les conflits, repose en définitive sur trois piliers :

Les institutions : matérialisées d’abord par l’Etat de droit, avec sa double fonction politique et administrative, ce qui implique équilibre et séparation des pouvoirs, respect des libertés fondamentales et des droits de la personne humaine;

Les partis politiques : médiation indispensable entre les citoyens et l’Etat, le multipartisme n’étant, en définitive, que la résultante du pluralisme inhérent à la société;

La culture citoyenne : c’est-à-dire la conscience d’avoir des droits et des devoirs et de contribuer à l’élaboration de la loi, par définition expression de la volonté générale, et au choix des programmes et des gouvernants.

L’idéologie populiste, caractéristique des sociétés pré-modernes, se traduit par la négation du politique, autrement dit par l’existence de régimes apolitiques. Dans cette conception, c’est le peuple qui constitue la seule réalité et non le citoyen. Dans le discours populiste, le peuple est constamment glorifié comme un tout indivisible. Toute différence, toute divergence, tout conflit au sein de la société est nié et dénoncé       comme une menace contre l’unité du peuple. Bien entendu, dans la réalité, la société est plurielle : elle est donc traversée par des divergences et des conflits. Aussi, les régimes populistes sont-ils forcément des régimes autoritaires qui usent de violence pour réprimer toute différence susceptible de nuire à l’unité du peuple et « aux intérêts supérieurs de la nation ».

Dans un régime populiste, par essence unanimiste, il n’y a évidemment pas place pour des partis politiques, au sens moderne du terme. Ce type de régime n’admet que le parti unique ou des succédanés du parti unique développant des variantes du discours populiste. C’est affirmer une évidence que de dire que le régime algérien, depuis l’indépendance, a été un régime populiste et que le phénomène islamiste relève également de la logique populiste.

L’hégémonie du discours populiste pendant près de quarante ans a donc forcément influencé, voire perverti, même si c’est à des degrés divers, les formations politiques algériennes ayant occupé la scène depuis l’instauration du multipartisme. Aussi bien dans leur vision de la société algérienne que dans leur rapport à l’Etat, souvent confondu avec le pouvoir, ou dans leur fonctionnement interne, les partis algériens n’ont pas encore pris conscience de leur rôle, c’est-à-dire de ce qu’est le politique et de ce que doit être un parti politique.

Qu’est-ce qu’un parti politique ?

Tous les politologues s’accordent à dire qu’un parti politique est :

  • Une organisation permanente, c’est-à-dire dont l’existence ne se limite pas aux rendez-vous électoraux;
  • Une organisation présente tant au niveau central qu’au niveau local, c’est-à-dire présente à l’échelle nationale et non confinée à une région ou réduite à un club de notables;
  • Une organisation qui cherche non seulement à influencer le pouvoir, comme le fait un mouvement ou un groupe de pression, mais à l’exercer seule ou avec d’autres;
  • Une organisation qui recherche constamment le soutien populaire.

De cette définition découlent les quatre grandes fonctions d’un parti politique :

  • L’élaboration d’un programme de gouvernement, censé correspondre aux attentes de la base sociale sur laquelle s’appuie le parti;
  • La sélection des candidats dont le rôle est d’expliquer le programme et, une fois élus, de le mettre en œuvre;
  • La formation de l’opinion, c’est-à-dire la capacité pour le parti de capter les attentes des électeurs, de les traduire en termes politiques et, sur cette base, de formuler des propositions à même de résoudre les problèmes posés;
  • L’encadrement des élus, de manière à ce que le programme du parti soit appliqué d’une manière cohérente et à la satisfaction des électeurs.

Où se situe le FFS ?

Depuis sa fondation, le FFS a payé un lourd tribut pour la défense de la       démocratie, de la souveraineté populaire, des droits de l’homme et de la justice sociale. Le FFS a eu ses martyrs et ses victimes du terrorisme. Ses militants ont connu la torture, la prison, l’exil, les menaces et les pressions de toutes sortes. Cet itinéraire militant s’est poursuivi, après l’instauration du multipartisme et la légalisation du parti. La sortie de la clandestinité et la tenue du Ier congrès national ont marqué une       nouvelle étape dans la vie du parti.

Lors du IIème congrès national, les congressistes ont clairement exprimé leur souci de modernisation du FFS, pour en faire un réel parti politique.

Cette préoccupation s’est traduite notamment par l’adoption de nouveaux statuts. Toutefois, certaines dispositions héritées des anciens statuts, fortement marqués par le centralisme démocratique, ont été conservées. La conjoncture particulière dans laquelle s’est tenu le congrès explique sans doute pourquoi il n’avait pas été possible d’aller plus loin.

L’essentiel de cette modernisation est énoncé dans le préambule des statuts où sont définis les fondements et objectifs du FFS. En effet, dans ce préambule, le FFS revendique la modernité, autrement dit les valeurs républicaines. De même, l’insistance sur la démocratie d’opinion n’est pas le fait du hasard, puisque cette notion relève de la conception même du politique et de ce que doit être un parti politique. Enfin, on trouve dans le préambule la référence au socialisme démocratique, à l’économie sociale de marché, au rôle régulateur de l’Etat, ainsi que l’affirmation que les travailleurs constituent la base sociale naturelle du FFS. Autrement dit, le FFS se définit, sans ambiguïté, comme une formation de gauche.

Mais le plus important est que le préambule proclame que « le FFS est un parti de propositions qui aspire à l’exercice du pouvoir pour appliquer son programme ».

L’ambition des congressistes était donc bien de faire du FFS un parti politique, au sens moderne du terme, conformément à la définition ci-dessus. Certes, le FFS existe juridiquement du fait de son agrément conformément à la loi sur les partis, mais la mutation du FFS en parti politique moderne tel que souhaité par les congressistes n’a pas vraiment vu le jour. L’état des lieux le démontre amplement.

ETAT DES LIEUX

Il faut d’abord dire que la situation du pays depuis janvier 1992 avait réduit la vie politique à sa plus simple expression. La violence, l’état d’urgence, les multiples verrouillages politiques et médiatiques, les pressions et menaces sur les militants ont contribué grandement à la démobilisation.

De plus, pour le FFS, comme pour les citoyens, la priorité restait au retour àla paix. Maisles délégués au IIème congrès, en choisissant comme slogan : « Paix, démocratie, justice sociale » ont aussi choisi, sans aucune ambiguïté, de faire du FFS un parti politique moderne, ancré à gauche, qui puisse constituer l’alternative démocratique au pouvoir en place.

Plus de trois ans plus tard, où en est le FFS ?

Le terme qui revient le plus pour caractériser sommairement l’état des lieux est « dysfonctionnement ». Ce qui veut dire mauvais fonctionnement ou tout simplement que le FFS va mal. En quoi consistent ces dysfonctionnements ? A quoi sont-ils dus ?

Au plan politique

Les insuffisances constatées sont révélatrices d’une véritable crise d’identité du FFS. Tous les militants ayant adhéré au FFS sont censés avoir adhéré à un parti politique. En réalité, ils ont adhéré, souvent sans s’en rendre compte, à un mouvement. En effet, un mouvement n’est qu’un groupe de pression qui s’efforce seulement d’influencer le pouvoir, mais sans chercher à l’exercer. Toute autre est la raison d’être d’un parti pour qui accéder au pouvoir constitue l’objectif principal. Tout le monde reconnaît le FFS comme le seul vrai parti d’opposition. Toutefois, beaucoup de militants ne réalisent pas que l’opposition n’est pas une fin en soi mais seulement la situation d’un parti qui, faute d’avoir pu occuper le terrain et créer un rapport de forces politique en sa faveur,       n’a pas réussi à remporter les élections et à accéder au pouvoir, seul ou avec d’autres.

Il ne faut donc pas s’étonner que beaucoup de militants ne voient pas de différence fondamentale pour eux entre militer au sein d’un mouvement tel que le MCB et militer au sein du FFS. Dans les faits, le FFS s’est souvent trouvé dépendant du MCB, tant dans le choix des responsables du parti que des candidats aux élections. Il a parfois été entraîné dans les actions initiées par ce mouvement, sans que les instances du parti aient eu à en débattre. Cette confusion des genres est également préjudiciable au MCB, qui passe, aux yeux de l’opinion publique, pour être inféodé au FFS.

Dans une situation normale, le mouvement associatif doit être autonome non       seulement par rapport au pouvoir mais aussi par rapport aux partis. Ceci doit être la règle tant pour le MCB et les autres associations que pour les syndicats et les mouvements de jeunes et de femmes. Ce n’est pas parce que le parti unique ou les formations qui s’en inspirent ont leurs organisations de masse, qu’un parti démocratique comme le FFS doit suivre la même voie et se doter d’organisations satellites.

Si le FFS connaît des dysfonctionnements, c’est d’abord en raison de cette crise d’identité. Le FFS, qui est juridiquement et dans ses statuts un parti politique, fonctionne, en fait, comme un mouvement de contestation.

Il s’agit là sans doute d’un héritage de la période de clandestinité, mais la raison principale en est surtout la survivance de la culture populiste.

Cela se traduit principalement par l’absence d’une stratégie politique clairement définie.

Or, définir une stratégie politique, c’est définir les objectifs que l’on se propose d’atteindre, c’est définir les actions à même d’atteindre ces objectifs, c’est définir les moyens nécessaires pour accomplir ces actions, c’est enfin définir les critères permettant d’évaluer l’atteinte des objectifs. Autant dire que définir la stratégie politique est un préalable pour pouvoir définir la stratégie en matière d’organisation, de financement, d’information et de formation.

On aurait pu croire que l’inexistence d’une stratégie politique claire n’est que le résultat d’un manque de rigueur. Il n’en est rien : c’est bel et bien le symptôme d’un mal plus profond, la persistance du populisme, qui empêche le FFS de se muer en un parti politique moderne. C’est la raison principale pour laquelle les espoirs des participants au IIème congrès, qui ont voulu cette mutation, ne se sont pas concrétisés.

Cette absence de stratégie politique explicite se fera ressentir de manière négative sur toute l’activité du parti. Ainsi si le FFS n’a pas de stratégie vis-à-vis des institutions et donc s’il ne se sent pas concerné par les échéances électorales, on comprend qu’il n’ait pas cherché sérieusement à se doter d’un programme de gouvernement et qu’il n’ait pas cherché à mettre au travail ses commissions de réflexion.

Mais, si on refuse de se soumettre au verdict des électeurs, comment alors mesurer l’audience du parti? Par quel moyen pourrait-on identifier la base sociale du parti ? Sur quelle base peut-on affirmer que le FFS bénéficie du soutien de la population ou que le FFS est aux côtés de la population et prend en charge ses attentes ? On est donc condamné à se fier au subjectivisme.

L’argument de la « fermeture du champ politique et médiatique » et celui de la fraude électorale sont parfois avancés pour justifier le refus de la sanction des urnes, mais ils ne résistent pas à une analyse approfondie. Sinon comment expliquer le tollé soulevé par l’application de la loi sur les partis dont le résultat objectif a été de contraindre le FFS à être présent dans au moins vingt-cinq wilayas, ce qui, objectivement, était       dans son intérêt en tant que parti ?

C’est parce que le FFS n’avait pas de stratégie politique claire que les actions qu’il avait initiées durant les trois dernières années portent la marque de l’improvisation, de la navigation à vue, quand il ne s’agit pas de simple réaction aux initiatives du pouvoir. Il n’est pas inutile de rappeler ici l’épisode de la participation aux élections législatives où le Conseil national avait fait son choix en temps utile, mais où il avait       été empêché de l’exprimer jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour s’y préparer sérieusement, sous prétexte « qu’il fallait maintenir le suspense pour exercer des pressions sur le pouvoir ». Comme on pouvait s’y attendre, le résultat de ce choix a été désastreux.

Dans la réalité, l’absence de tout débat au niveau des instances, ajouté à       l’inexistence d’une stratégie pour le parti, réduit le FFS à :

– un lieu naturel : la Kabylie et au mieux quelques wilayas du Centre;

– un thème de prédilection : tamazight;

– un adversaire préférentiel : le RCD

L’absence de consignes de vote lors du référendum du 16 septembre 1999 et la campagne menée quasi exclusivement en Kabylie sur le thème essentiel de      tamazight en sont la parfaite illustration.

Bien sûr le FFS, s’il n’a pas de stratégie politique véritable, a néanmoins constamment formulé des propositions. Mais il ne s’agit en fait  que de propositions concernant la sortie de crise. Comme si la nécessité de construire un vrai parti politique, la consolidation des institutions et le développement de la culture citoyenne ne participaient pas, aussi, de la sortie de crise. Même la campagne des élections présidentielles n’a porté que sur des propositions de sortie de crise. Parfois même, certains dirigeants se sont satisfaits d’un discours incantatoire sur l’impérieuse       nécessité du retour à la paix, faisant ainsi l’impasse totale sur l’aspect opérationnel.

Trop souvent d’ailleurs, l’attitude vis-à-vis des institutions relève plus du nihilisme antiétatique que d’une position politique fondée. Faut-il  rappeler les campagnes frôlant l’hystérie ayant ciblé plus particulièrement les députés, accusés d’avoir fait le choix de s’être intégrés dans la « normalisation autoritaire », alors que la véritable       normalisation était bien à l’œuvre… mais au sein du FFS ?

Conformément à sa culture populiste, la direction du FFS a privilégié la stratégie des groupes de pression : groupe de Rome, groupe de l’Appel pour la paix, groupe des 5+3, groupe des 6 etc., en négligeant la construction du parti. Les initiatives en elles-mêmes n’étaient pas mauvaises, loin s’en faut. Elles témoignaient sans doute du désir sincère de contribution à l’arrêt de l’effusion de sang et au retour dela paix. Maissi le       contenu de ces initiatives était généreux, la méthode pour parvenir à les      concrétiser, à savoir la constitution de groupes et les actions communes des groupes pour faire pression sur le pouvoir, relève bien de la logique du mouvement. Aucune de ces initiatives n’a évidemment abouti à un  résultat tangible au plan politique. Mais même si elles avaient abouti,  cela n’aurait nullement dispensé de la nécessité de faire du FFS un grand parti politique, de participer à la consolidation des institutions et de       contribuer au développement de la culture citoyenne. Car la démocratie repose nécessairement sur la consolidation de ces trois volets à la fois.

Au plan du fonctionnement

Les dysfonctionnements se traduisent par :

1) L’absence du Président

Cette absence a été prise en compte dans les statuts par l’institution d’un poste de Premier secrétaire. Mais, contrairement à ce que prévoient les statuts, le Président n’a pas délégué selon les procédures réglementaires de pouvoirs au Premier secrétaire, sauf pour les cas disciplinaires. Dans les faits, le Premier secrétaire a tous les pouvoirs       même celui de proposer la fin de fonctions ou la nomination d’un secrétaire national, alors que les statuts interdisent formellement au président la délégation de ces pouvoirs. Le Président qui, théoriquement, concentre tous les pouvoirs, se présente plus comme une référence supra partisane que comme le premier responsable du parti. L’absence du Président réduit alors les débats entre celui-ci et les membres du Conseil       national à la simple lecture d’un message transmis par fax. Faut-il donc s’étonner si l’argument d’autorité a fini par prendre le dessus sur les débats et les convictions.

2) L’absence de débats

Elle a pour conséquences la paralysie de fait des instances que sont les sections, les fédérations et le Conseil national et la quasi-inexistence de relations entre elles. Les pouvoirs sont concentrés au niveau du Secrétariat national, lui-même affaibli par son instabilité chronique du fait des rotations et l’inexistence d’une autorité reconnue du fait de l’absence permanente du Président. De plus cet organe s’est trouvé       constamment miné par la différence de statut de ses membres.

3) L’unanimisme de façade

Même si la divergence d’opinion est admise et les votes libres, la réalité est plutôt conforme au centralisme démocratique. La minorité doit renoncer à son point de vue et participer, sans états d’âme, à la mise en œuvre des décisions prises àla majorité. Dumoins en théorie. Dans la réalité, les discours relèvent plutôt de la « langue de bois » et toutes les décisions sont prises par la direction, les organes délibérants et les structures locales ne faisant qu’approuver.

A titre d’exemple, en l’espace de trois années, le Conseil national n’a rejeté aucune des décisions de la direction, même si certaines interventions ont été parfois plutôt critiques. Ainsi, le Conseil national, organe souverain entre deux congrès, a adopté chaque année, sans sourciller, la composition du Secrétariat national, le programme et le bilan, alors même que de graves dysfonctionnements étaient connus de tous.

4) Les pratiques autoritaires

La culture d’appareil, omniprésente, ne conçoit le parti que comme une      organisation hiérarchisée, ôtant tout pouvoir aux organes délibérants, soi-disant souverains, et aux structures locales, théoriquement autonomes.

Même si les statuts ont prévu l’élection à tous les niveaux, les responsables sont souvent cooptés, ce qui aboutit, dans la pratique, à la constitution de clans à la solde de tel ou tel. Les groupes politiques n’ont pas le droit d’élire leur président mais doivent être étroitement encadrés par un « secrétariat national chargé des élus locaux » et un « secrétariat national chargé du groupe parlementaire ». De même, le degré de liberté des fédérations est quasi nul. Il arrive même que la direction nationale s’immisce dans le fonctionnement des sections. Ne faut-il pas parler ici de caporalisation et d’embrigadement ?

5) La « chasse aux sorcières »

Toute prise de position ou toute initiative non décidée par l’appareil est condamnée comme une atteinte à l’unité du parti et son auteur sanctionné par une suspension immédiate et une traduction devant la commission de discipline. Pire encore, il y a « des pratiques qu’il faut qualifier de staliniennes et qui ont consisté à instruire de véritables procès. Cela commence par une série de critiques qui, progressivement, prennent de l’ampleur jusqu’à se transformer en accusations les plus invraisemblables.       Un véritable engrenage se met en route, qui conduit à l’exclusion ou encore pire à l’auto exclusion ». C’est dans ce contexte, que beaucoup de cadres, ne se sentant pas libres d’exprimer leur différence et d’agir conformément à leurs convictions, préfèrent se taire ou carrément quitter le parti, laissant ainsi le champ libre aux médiocres.

6) La médiocrité

Un appareil n’a nul besoin de chercher à attirer les compétences à même d’élaborer des propositions sérieuses, ni à attirer des candidats crédibles pour les différentes élections. Faut-il s’étonner dans ces conditions que les compétences ne viennent pas adhérer au FFS, que ses propres cadres le quittent et que ses commissions de réflexion ne se réunissent pas et ne produisent rien ? Faut-il s’étonner que là où il y a       cooptation et non pas élection, les compétences sont systématiquement       marginalisées au profit des opportunistes et des médiocres, souvent les mêmes d’ailleurs ?

7) L’ambiguïté des positions

Un parti qui n’a ni programme, ni stratégie n’a évidemment pas de position claire sur les différentes questions d’intérêt national. Quelle est la position du FFS sur le foncier ? Sur les retraites ? Sur la crise du logement ? Sur la manière de lutter contre le chômage ? Sur le statut personnel ? … Personne au sein du FFS n’est en mesure de répondre à ces questions pour la simple raison que les réponses ne se trouvent nulle       part, dans les textes du parti. De même, peut-on considérer comme une position politique judicieuse le fait de condamner « la violence d’où qu’elle vienne » sans être plus explicite ou de ne pas donner de consignes de vote ?

8) La politique de l’agitation

Le type d’action privilégié par la direction est d’abord la déclaration, au contenu volontiers provocateur. Aucun parti n’a produit autant de déclarations que le FFS ! Puis vient l’action directe : marches et sit in, y compris pour dénoncer ses propres élus ! Quand l’agitation tient lieu de politique, le « radicalisme » se mesure à la virulence du discours. Or, ce radicalisme-là est parfaitement inoffensif, si le parti n’est pas      structuré à l’échelle nationale, s’il n’est pas en mesure de créer un rapport de force en sa faveur et s’il ne dispose pas d’une stratégie explicite de conquête du pouvoir.

9) Le culte du secret

Des informations indispensables pour une bonne analyse politique et une      évaluation correcte de l’activité du parti ne sont pas portées à la connaissance du Conseil national, organe souverain entre deux congrès, ni même à celle du Secrétariat national. Par contre, des informations dont l’origine n’est jamais précisée, donc invérifiables, sont régulièrement données sur les luttes de clans au sein du pouvoir ou les auteurs de tel ou tel acte terroriste et sont présentées comme des certitudes, laissant ainsi la porte ouverte à l’intox et aux manipulations.

10) L’absence de rigueur

L’administration du parti se caractérise par l’amateurisme, le manque de rigueur et l’improvisation. Souvent des réunions sont programmées sans aucune préparation, sans ordre du jour, sans méthode de travail. Très souvent les horaires ne sont pas respectés ou alors la réunion est reportée ou carrément oubliée, souvent pour des motifs les plus futiles. Très souvent les PV et minutes des réunions ne sont pas pris et les archives quasi inexistantes. A titre d’exemple, aucun document préalable n’est fourni avant les réunions du Conseil national, aucun suivi des sessions n’est organisé, aucune archive du Conseil national n’est mise à la disposition des membres. Bien entendu, ces carences ne sont que le reflet d’un fonctionnement d’appareil et ne sont pas de simples négligences.

11) Le blocage délibéré des contre-pouvoirs

a) Commission nationale de contrôle des finances : En dépit de tous ses efforts, cette commission ne peut exécuter le travail pour lequel elle a été instituée en raison du blocage du Secrétariat national. La conséquence en est la gestion non transparente des deniers du parti.

b) Commission nationale de discipline : L’essentiel des cas examinés concerne des cadres du parti : président d’APW, Premier secrétaire fédéral, membres du Conseil national.

12) Relations avec les élus

Les relations entre le parti et ses élus ont dès le départ été frappées du sceau dela suspicion. Cettesituation a conduit en pratique à une confrontation entre les élus et l’appareil du parti, confrontation rendue inévitable par la paralysie de beaucoup d’organes délibérants. Tout se passe comme si le parti en tant que tel ne se sentait nullement concerné par la gestion des collectivités locales. Curieusement, le FFS n’accorde pas d’égards particuliers à ses propres élus locaux par rapport à ceux des       autres partis et, au lieu de considérer la responsabilité comme collective, impute les fautes de gestion aux seuls présidents d’APC et d’APW du FFS. De là les recours abusifs aux retraits de confiance, pourtant non prévus par les statuts.

Au plan organique

Le FFS est présent aujourd’hui dans les 48 wilayas. Mais ce résultat n’a pu être atteint que récemment, grâce surtout aux efforts déployés par les parlementaires et aux subventions de l’Etat, rendues possibles par la participation aux élections. Toutefois, cette présence est loin de garantir la permanence de l’organisation sur l’ensemble du territoire. Le déploiement géographique de l’organisation demeure très insuffisant et se caractérise par la précarité.

D’ailleurs, depuis 1990, plusieurs opérations de déploiement organique ont été menées, puis, l’effort s’étant émoussé faute d’une stratégie claire, les noyaux laborieusement mis en place sont entrés en léthargie et ont fini par disparaître. C’est ce qui risque d’arriver aux structures actuelles de l’intérieur du pays, vu l’absence d’une politique d’implantation et de suivi.

L’organisation reste surtout marquée par un très grand déséquilibre entre une présence lourde en Kabylie et une présence plus que symbolique dans le reste du pays, transformant de fait ce qui aurait pu constituer un bastion en un ghetto qui ne dit pas son nom. Les conférences et meetings concernent essentiellement la Kabylie, y compris à l’échelle des communes et même des villages, alors que l’activité est quasiment absente des wilayas du pays, exception faite lors des échéances imposées par le pouvoir, où des rencontres sont décidées dans l’improvisation la plus totale.

A l’intérieur du pays, l’implantation consiste en un à trois noyaux modestes alors qu’une section existe dans chacune des communes de Tizi Ouzou et Béjaïa. Le FFS conserve donc un caractère régionaliste, au plan organique, même si dans son fondement il se présente comme un parti national. Cette situation est entretenue par certains esprits sectaires pour qui tout arabophone est un « baathiste », tout pratiquant est un « intégriste » et toute compétence reconnue est un « infiltré » du pouvoir.

Cette attitude, même si elle est le fait d’une minorité, contribue à entretenir la ghettoïsation du FFS et l’empêche de devenir le grand parti politique de gauche dont l’Algérie a besoin.

L’insuffisance de l’implantation nationale du parti réduit du même coup ses ambitions à jouer un rôle national. A titre d’exemple, le FFS n’a pu déposer pour les élections locales que 216 listes dont 119 pour les deux wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa et 97 pour les 46 wilayas restantes. Il faut rappeler également les difficultés que le parti a rencontrées pour réunir le nombre de signatures exigées pour les élections présidentielles.

Même là où la présence du parti est forte, une absence totale de rigueur caractérise l’organisation. La plupart des fédérations n’ont pas de règlement intérieur, comme exigé par les statuts. Les commissions des adhésions sont rarement opérationnelles. Les fichiers de militants ne sont pas mis à jour. Certaines fédérations autrefois fortes et bien organisées ont été totalement déstabilisées. Au niveau de la capitale, 14 sections issues de l’ex wilaya de Tipaza continuent à être directement administrées       par le Secrétariat national et ce, depuis deux ans.

Les nouvelles fédérations de l’intérieur du pays, faute de moyens, sont menacées de disparition ou au mieux d’hibernation prolongée en attendant la prochaine campagne de redéploiement organique. C’est ainsi, qu’à juste titre, ces fédérations de l’intérieur ont le sentiment d’être des « fédérations jetables », que l’on réanime en fonction des circonstances.

Les cartes des amis du FFS, pourtant prévues par les statuts, n’ont jamais été instaurées.

Au plan financier

Les ressources et dépenses du parti ont toujours été entourées de la plus grande opacité, y compris au sein même du Secrétariat national. Les procédures statutaires et légales en matière de contrôle des finances n’ont jamais été respectées. En l’absence de budgets, débattus et adoptés selon les dispositions réglementaires, les deniers du parti sont donc gérés de manière totalement irrationnelle.

Les cotisations ne sont pas perçues et la quote-part qui revient à la direction nationale est rarement versée. Cette situation n’est pas sans retentir sur les ressources financières du parti. La direction nationale ne peut donc subventionner les nouvelles fédérations, en attendant que celles-ci aient les moyens de se prendre elles-mêmes en charge.

Par ailleurs, la consommation des ressources par la direction nationale pour ses propres besoins est disproportionnée par rapport aux besoins des structures locales. Ceci n’est en réalité que le reflet d’un fonctionnement de haut en bas où les structures situées en aval ne disposent d’aucune initiative et ne font que relayer les décisions prises par le Centre.

Enfin, mis à part les cotisations et les contributions des députés, aucune politique de financement du parti n’est élaborée et mise en œuvre.

Au plan de l’information et de la communication

Alors qu’en 1990, le FFS disposait d’un journal partisan « Libre Algérie », d’un bulletin interne « FFS Info », d’un bulletin en arabe « Essabil Eddimoukrati », d’un bulletin en tamazight « Amaïnouth » et plusieurs publications locales, il ne dispose plus aujourd’hui que de Libre Algérie auquel il a été décidé d’ôter tout caractère partisan. De ce fait, les militants ne sont plus informés de la vie interne du parti et doivent       glaner leurs informations dans la presse privée ou le bouche à oreille.

Aucune politique de communication n’est mise en œuvre, faute de stratégie       appropriée. La direction se contente, la plupart du temps, de publier intégralement, sous forme de placards publicitaires, les déclarations du parti. Très souvent le porte-parole du parti donne son point de vue personnel au lieu de celui du parti. Les interviews sont rarement discutées au préalable.

Les activités du parti ne sont pas médiatisées correctement, surtout celles initiées par les structures locales. Trop souvent des conférences ont été ratées faute d’une médiatisation correcte. Parfois, le souci de médiatiser des individualités l’emporte sur celui de médiatiser le parti.

PROPOSITIONS

a) La préparation du IIIème congrès

Si le congrès d’un parti politique est un événement des plus importants, sa réussite dépend surtout des conditions qui ont prévalu dans sa préparation. Il est évident que le meilleur gage de succès réside dans le respect des procédures démocratiques et des statuts du parti.

1) Dans ce contexte, le premier critère à respecter est la qualité des débats. Un congrès dure au maximum trois jours. Pendant un temps aussi court, il est manifestement impossible de débattre sérieusement d’un programme de gouvernement dans tous ses aspects. La logique commande donc que ces débats aient lieu plusieurs mois avant le congrès et qu’y soient associés le plus grand nombre possible de militants.

C’est ce que prévoient d’ailleurs les statuts qui imposent, pour cette raison, que le dégagement des congressistes n’ait lieu qu’après ce débat. Si cette procédure est respectée, les congressistes n’auraient plus alors qu’à apporter des retouches et à adopter formellement le programme. La même procédure doit être appliquée pour le projet de révision des statuts.

Il ne faut pas perdre de vue également l’urgence qu’il y a à mettre en place un cadre spécifique aux élus pour leur permettre de débattre démocratiquement des problèmes inhérents à leur gestion et garantir leur implication dans la préparation du congrès.

2) Le deuxième critère à respecter est l’élection des congressistes au niveau des sections. Mais pour que ce critère soit respecté, il faut au préalable que la section ait une direction légitime issue d’un congrès ou d’une assemblée générale et non une direction cooptée. Il faut aussi que l’élection soit disputée, c’est-à-dire qu’il y ait plus de candidats que de délégués à élire et que ces délégués aient préalablement participé aux débats. Dans le cas où ces conditions ne sont pas remplies, il serait préférable de confier la supervision des élections des délégués à des membres de la CPCN ou du Conseil national. Par ailleurs, il est impératif que tous les cas de militants ayant fait l’objet de mesures de suspension soient tranchés avant l’élection des délégués pour ne pas les exclure arbitrairement.

3) Le troisième critère à respecter est la rigueur, en faisant adopter point par point, dès l’ouverture du congrès, le projet de règlement intérieur et d’ordre du jour, préalablement élaboré par la CPCN, en interdisant toute forme de cooptation des organes du congrès. Les membres du bureau du congrès, les présidents et rapporteurs des différentes commissions, le porte-parole du congrès devront être élus démocratiquement et non proposés et soumis à adoption.

4) Le quatrième critère à respecter est la transparence, en exigeant des candidats aux postes de responsabilité de se faire connaître et de présenter leur programme d’action plusieurs semaines avant la tenue du congrès. Il serait même souhaitable que ces candidats aient la possibilité de faire campagne pour défendre leur programme d’action.

5) Le cinquième critère est d’assurer une médiatisation permanente de l’état d’avancement des travaux de préparation du congrès, non seulement en direction des militants, les premiers concernés, mais également en direction des citoyens.

b) Ce qui est attendu du congrès

Pour sortir définitivement de ses dysfonctionnements, le FFS doit subir une mutation pour devenir un véritable parti politique. Bref une modernisation du FFS s’impose. Tout le monde conviendra que c’est l’enjeu véritable du IIIème congrès national. L’enjeu n’est point comme veulent le faire croire certains : « Qui va prendre la direction du FFS ? », mais bien : « Quelle direction va prendre le FFS ? » Autrement dit : « Que sera le FFS du IIIème millénaire ? »

1. Les congressistes devront réaffirmer l’identité du FFS en tant que parti politique moderne et rompre clairement et définitivement avec la conception du FFS comme mouvement. Ses relations avec le MCB devront être définies une fois pour toutes, en termes politiques, en bannissant toute relation organique, dans un sens ou dans l’autre.

2. Le FFS doit être doté d’un véritable programme de gouvernement et pas seulement reposer sur quelques propositions de sortie de crise. Un travail non négligeable a déjà été réalisé avec la confection des dossiers.

Ce travail doit être débattu et enrichi à l’occasion de la préparation du congrès. Par la suite, il doit être constamment mis à jour et approfondi, par l’organisation notamment de conventions thématiques, d’universités d’été, de journées parlementaires…

3. Un effort particulier doit être fait pour élargir l’implantation géographique du parti sur la totalité du territoire national, pour parvenir, à terme, à couvrir la totalité des communes. Un effort encore plus grand doit être fait pour ouvrir le parti aux compétences nationales, aux jeunes et aux femmes. Dans ce cadre si un minimum de vigilance s’impose, il faut rejeter tout sectarisme et privilégier l’adhésion sur la base des idéaux et du programme du parti et non l’appartenance à une région.

4. La prospection des candidats potentiels aux différentes élections doit être une activité permanente routinière du parti qui devra y consacrer tout le sérieux et l’effort nécessaires. En effet, le meilleur programme partisan ne vaut rien si des hommes d’expérience, sincères et dévoués, ne sont pas là pour le mettre en œuvre.

5. Bien sûr le IIIème congrès devra être l’occasion de définir la stratégie du parti non seulement par rapport à la sortie de crise mais aussi par rapport aux échéances électorales à venir. Cette stratégie devra s’articuler nécessairement autour du triptyque : institutions, partis, culture citoyenne. Une fois la stratégie politique définie, la stratégie en matière d’organisation, de financement, de communication et de formation devra être précisée.

6. Mais plus que tout, une profonde révision des statuts s’impose pour mettre fin aux dysfonctionnements qui ont leur source dans les statuts. La révision des statuts visera les objectifs suivants :

Garantir un fonctionnement démocratique par :

  • L’abandon de l’unanimisme de façade;
  • L’abrogation des dispositions relevant du centralisme démocratique, ce qui implique la possibilité statutaire pour les militants qui défendent un point de vue minoritaire de se concerter librement, garantissant ainsi une forme de pluralisme au sein du parti;
  • L’interdiction explicite de toute forme de cooptation et l’institution d’un système électif à tous les niveaux;
  • La suppression du secrétariat à l’organisation et l’instauration d’une responsabilité collective;
  • La suppression du Secrétariat national dans sa forme actuelle et son remplacement par un Bureau national élu, organe souverain entre deux sessions du Conseil national.
  • L’immunité des membres des organes délibérants vis-à-vis de l’action disciplinaire;
  • La séparation des pouvoirs : dès leur élection les membres du Bureau national cessent de faire partie du Conseil national;

Garantir l’efficacité dans le fonctionnement par :

  • La suppression du poste de Premier secrétaire national pour éviter le bicéphalisme ;
  • L’attribution au Président de pouvoirs réels afin de garantir l’efficacité et la cohérence dans le fonctionnement;
  • L’obligation pour le Président d’assurer la plénitude de ses pouvoirs sans possibilité de diriger par procuration;
  • La désignation des membres du Comité exécutif au sein du Bureau national par le Président;
  • L’institution d’un poste d’Administrateur du parti, sans pouvoir politique, chargé de la gestion.

Garantir le contrôle par :

  • L’instauration de sessions ordinaires à date fixe pour les réunions du Conseil national;
  • L’indépendance effective des commissions de contrôle des finances et des commissions de discipline;
  • La transparence dans la gestion des finances à tous les niveaux. garantir le succès aux échéances électorales par :
  • La mise à jour constante du programme;
  • L’élargissement de l’implantation du parti au plan géographique et au plan qualitatif;
  • La formation des cadres;
  • La prospection permanente des candidats aux différentes élections;
  • L’encadrement des élus par la mise sur pied d’un cadre de libre débat et la formation;

Ce document a été élaboré par les députés :

Abdesslem Ali-Rachedi

Mohamed-Arezki Ferrad

Boualem Koliaï

Zoubir Lainceur

Saïd Madjour

Nacer Mezar

Hamid Ouazar

Destinataires

Le Président du Parti

Le Premier secrétaire national

Les Membres du Secrétariat national

Les Membres du Conseil national

Le Président de la CPCN

Les Membres de la CPCN

ANNEXES

I – Qu’est-ce que le stalinisme ?

 » Je pense à des pratiques qu’il faut qualifier de staliniennes et qui ont consisté à instruire de véritables procès. Ca commence par une série de critiques qui, progressivement, prennent de l’ampleur jusqu’à se transformer en accusations les plus invraisemblables. Un véritable engrenage se met en route, qui conduit à l’exclusion ou encore pire à l’auto exclusion. »

(Robert Hue in Nouvel Observateur 5-11 mars 1997).

II – Qu’est-ce que le centralisme démocratique ?

« Qu’est-ce, officiellement, que le centralisme démocratique ? C’est un effort pour concilier la démocratie, à laquelle pour des raisons de propagande, on n’entend pas renoncer explicitement, et les nécessités, tenues pour objectives, du combat politique : un parti révolutionnaire doit, dans la guerre des classes, être organisé comme une armée. Le centralisme démocratique ne sacrifie, dit-on, aucun de ces objectifs, et cela grâce à une distinction entre les délibérations qui précèdent la décision et la mise en œuvre qui la suit.

Dans la première phase, on applique les règles démocratiques : liberté des discussions et des votes. Mais, dans la seconde, une discipline de type militaire s’impose. Les militants qui ont défendu le point de vue minoritaire doivent renoncer à celui-ci pour adopter sans réserve l’opinion majoritaire. Il en résulte, et c’est cette conséquence qui est décisive, que les partis de ce type ne sauraient accepter en leur sein de tendances organisées. Toute tentative de militants minoritaires pour se concerter est dénoncée comme fractionnisme et les intéressés sont immédiatement exclus.

On voit que, dans le principe, ce schéma ménage une certaine place à la démocratie, même s’il nie l’une de ses garanties les plus efficaces, le pluralisme. Mais, la pratique va bien plus loin dans la négation de la démocratie. L’observation externe de la politique menée par les partis communistes suffit à montrer que les décisions, tant en ce qui concerne les grandes orientations politiques que le choix des hommes – on a vu dans le chapitre précédent à quel type de stratégie celui-ci est assujetti – sont prises au sommet, et seulement ensuite ratifiées parla base. De cette situation, les partis communistes n’ont évidemment pas l’exclusivité. Mais, comptant sur des militants particulièrement dévoués, ils poussent en cette matière le cynisme jusqu’à des sommets inconnus ailleurs. Longtemps ces pratiques n’ont pas dissuadé les nouveaux adhérents, qui venaient occuper les places abandonnées par les nombreux déçus du système. Mais, à des moments différents et suivant des modalités diverses selon les pays, ce mécanisme en est venu à s’enrayer. En France, c’est au début des années 1980 que la rupture est intervenue. Elle n’a fait ensuite que s’accélérer, notamment en raison de l’effondrement du système communiste soviétique. » (Jean-Marie Denquin 1997).

III – Qu’est-ce que le populisme ?

« L’Etat étant la modalité par laquelle se redistribue le pouvoir à l’intérieur du corps social, le populisme, en tant qu’idéologie politique identifiant le peuple à sa direction, refuse la redistribution du pouvoir.

Se construisant sur la négation du conflit interne, donc du politique, ou plutôt sur la fiction de sa négation, l’idéologie populiste coupe le pouvoir de ses racines sociales. Sous l’effet de la logique implacable de la conservation du pouvoir, s’amorce la dérive néo-patrimoniale, avec tous ses délires : promesses démagogiques, aliénation millénariste, brutalités policières, etc. Le délire va s’accroissant : au début, le Chef se pose en représentant de tout le peuple, et quelques temps après, il se prend pour le peuple tout entier. » (Lahouari Addi in L’Impasse du populisme, 1989).

Alger, le 4 octobre 1999.

One Response to Pour la modernisation du FFS

  1. SILI Ali on 11 mai 2017 at 7 h 53 min

    J’ai toujours admiré l’analyse rigoureuse et les positions courageuses de monsieur Ali Rachedi depuis que je l’ai vu pour la première fois en tant que membre d’une délégation d’enseignants-chercheurs dans son cabinet de ministre de l’enseignement supérieur en 1990. Hélas, force est de constater que la pérennité en Algérie revient toujours aux plus dociles; les hommes intègres, courageux, mûs uniquement par l’intérêt général et l’amour du pays sont souvent exclus par ceux qui ne sont intéressés que par la préservation de leur « koursi » et des avantages qui lui sont liés; ces derniers sont malheureusement trop nombreux.

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Citations

"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques".
Jean Jaurès

"Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d'une foule innocente où le tueur sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant". Albert Camus.

‎"C'est en gardant le silence, alors qu'ils devraient protester, que les hommes deviennent des lâches." Abraham Lincoln

"La liberté appartient à ceux qui l'ont conquise." André Malraux

Repères

« Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c'est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu'il fait, c'est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c'est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu'un coup de crosse propulse au fond du camion, c'est lui. C'est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d'arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d'arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c'est lui.
C'est lui qu'on menace dans les secrets d'un cabinet officiel,le témoin qui doit ravaler ce qu'il sait, ce citoyen nu et désemparé... Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c'est lui. C'est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d'autres que ses petits écrits. Lui qui espère contre tout parce que, n'est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel)

Le nationalisme, vu par Alain Touraine

"Le nationalisme est un projet purement politique et qui cherche à "inventer" une nation en donnant à un Etat des pouvoirs non contrôlés pour faire émerger une nation et même une société. Quand il est dévoré par le nationalisme, l'Etat national cesse d'être une composante de la société et celle-ci risque d'être détruite. Le nationalisme est très éloigné de la modernité, et il est doublement dangereux pour la démocratie." Alain Touraine, Un nouveau paradigme, Fayard, 2005