Entretien avec Mon Journal 15 juin 2013

15 juin 2013

AARMonsieur Ali-Rachedi,  Ă©lu, sous les couleurs du FLN, Ă  la premiĂšre APW d’Alger, vous avez ensuite participĂ© aux rĂ©formes sous Chadli et Hamrouche et intĂ©grĂ© le FFS au dĂ©but des annĂ©es 1990.  Comment avez-vous effectuĂ© tous ces choix et vĂ©cu ce parcours ?

Elu sous les couleurs du FLN, c’est beaucoup dire ! Effectivement, j’ai adhĂ©rĂ© au FLN en 1968, mais pour des raisons qu’il n’y a pas lieu de dĂ©velopper  ici et qui n’ont rien Ă  voir avec un engagement  politique. Il se trouve qu’au printemps 1969, je suis parti au Nigeria, dans le cadre d’une mission mĂ©dicale. A mon retour au pays, quelle fut ma surprise de constater que mon nom figurait sur les affiches des candidats Ă  l’APW d’Alger, alors que je n’avais ni postulĂ©, ni mĂȘme Ă©tĂ© informĂ©. Une fois « élu », j’ai compris, dĂšs la premiĂšre session, que je n’avais rien Ă  faire dans cette assemblĂ©e. Dans la foulĂ©e, j’ai aussi dĂ©sertĂ© le FLN dans lequel je ne suis restĂ©, en dĂ©finitive, que moins d’une annĂ©e. Par la suite, je me suis essentiellement consacrĂ© Ă  ma carriĂšre d’enseignant et de chercheur, tout en assumant des responsabilitĂ©s administratives au niveau de la Direction de l’Institut des sciences mĂ©dicales d’Alger.

En 1986-1987, j’ai effectivement participĂ©,  au mĂȘme titre que de nombreux universitaires et cadres du pays, aux ateliers sur les rĂ©formes, sous la conduite de Mouloud Hamrouche, alors SecrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la PrĂ©sidence. Outre mon expĂ©rience de mĂ©decin et d’universitaire, mon apport Ă  la rĂ©flexion tirait Ă©galement profit de l’expĂ©rience acquise lors de mes sĂ©jours Ă  l’étranger, en Belgique, entre 1970 et 1972 et au Royaume-Uni, entre 1981 et 1984. Et c’est tout naturellement que, par la suite, j’ai Ă©tĂ© nommĂ© ministre dĂ©lĂ©guĂ© aux universitĂ©s pour mettre en Ɠuvre les idĂ©es dĂ©veloppĂ©es au sein des ateliers sur les rĂ©formes.

AprĂšs mon dĂ©part du gouvernement, j’ai commencĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir sĂ©rieusement sur le sens de mon engagement politique. C’est ainsi que, dĂšs la chute du gouvernement rĂ©formateur en juin 1991, j’ai dĂ©cidĂ© de rejoindre l’opposition. Parmi les choix qui s’offraient Ă  moi, le FFS me paraissait le seul parti ayant une certaine crĂ©dibilitĂ©.

AprĂšs avoir rompu avec le FFS aux alentours de 2000, vous avez mis deux ans seulement pour lancer votre parti, l’IDS, qui est, selon vos termes, d’obĂ©dience libĂ©rale.  Comment est venue l’idĂ©e d’aller vers une autre formation politique aux antipodes de la premiĂšre sur le plan idĂ©ologique ?

A dire vrai, ce n’est pas moi qui ai rompu avec le FFS. C’est le parti qui nous avait radiĂ©s, les sept dĂ©putĂ©s et moi-mĂȘme, pour avoir rendu public un document critique sur les dysfonctionnements du parti. Pourtant, la commission de discipline avait prononcĂ© un non-lieu Ă  notre Ă©gard. Il n’en reste pas moins que je conserve, jusqu’à ce jour,  l’amitiĂ© et la considĂ©ration de trĂšs nombreux militants et cadres du FFS.

Tout naturellement, j’ai songĂ© Ă  mettre sur pied un cadre politique alternatif pour poursuivre mon engagement politique. J’ai mis prĂšs d’une annĂ©e Ă  parcourir les wilayas du pays pour mettre en place les diffĂ©rents noyaux d’adhĂ©rents. L’assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale constitutive s’est tenue Ă  Alger en dĂ©cembre 2001 et c’est ainsi qu’est nĂ© l’ItinĂ©raire dĂ©mocratique et social (IDS/Essabil).

Voyons maintenant la question des idĂ©es. Durant mon sĂ©jour au Royaume-Uni,  j’ai Ă©tĂ© naturellement imprĂ©gnĂ© de la vie politique de ce pays. Avant cela,  je vivais, sans trop m’en rendre compte, dans l’ambiance idĂ©ologique « socialisante » en vogue dans le pays. Au Royaume-Uni, j’ai dĂ©couvert la dĂ©mocratie britannique et surtout, au plan Ă©conomique, l’économie de marchĂ©, y compris sous sa forme la plus libĂ©rale. Je me suis aussi rendu compte que ce pays, tout en Ă©tant unitaire, accordait une large autonomie Ă  ses rĂ©gions. C’était l’époque de la guerre froide avec l’affrontement idĂ©ologique entre capitalisme et communisme. Puis arrivent Gorbatchev en 1984 et la chute du mur de Berlin en 1989. Etait-ce la victoire dĂ©finitive du capitalisme et la fin de l’Histoire comme l’avaient avancĂ© certains ? Mon intĂ©rĂȘt s’est alors tournĂ© vers la sociologie politique. J’ai dĂ©couvert, au fil de mes lectures,  une nouvelle pensĂ©e politique, incarnĂ©e en France par Alain Touraine, au Royaume-Uni par Antony Giddens, en Allemagne par JĂŒrgen Habermas, au Canada par Charles Taylor et d’autres. Pour rĂ©sumer, cette pensĂ©e politique s’intĂ©resse d’abord au sujet, c’est-Ă -dire Ă  l’individu autonome, avec son identitĂ© singuliĂšre et  sa conscience de soi, l’acceptation de la diffĂ©rence et la communication avec l’autre. C’est cette « politique du sujet », fondatrice d’une nouvelle gauche, appelĂ©e parfois troisiĂšme voie,  qui est sous-jacente au programme d’Essabil. Les droits humains sont donc au centre de nos prĂ©occupations. Le terme libĂ©ral est Ă  prendre ici dans le sens de libertĂ©. Le libĂ©ralisme politique signifie, en effet, que tout est libre par principe, sauf ce qui est interdit par la loi. Au contraire, l’autoritarisme implique que rien n’est permis sauf ce qui est expressĂ©ment accordĂ© par la loi.

Plus de dix ans aprĂšs sa crĂ©ation, quel bilan pouvez-vous faire des «  activitĂ©s » de l’IDS.

Pour un parti non agrĂ©Ă© et sans moyens, il n’y a pas lieu de parler de bilan des « activitĂ©s » qui sont d’ailleurs officiellement interdites. Mais je me permets de vous rappeler qu’en 2003, j’avais annoncĂ© ma candidature aux prĂ©sidentielles de 2004. Mon but principal  Ă©tait de fournir aux adhĂ©rents  l’occasion d’activer sur le terrain, une couverture juridique par le biais de comitĂ©s de soutien et surtout, pour moi, l’occasion de dĂ©velopper des idĂ©es nouvelles, matĂ©rialisĂ©es dans notre document « 100 propositions pour sortir de la crise ». Nous avions rĂ©uni 86 000 signatures de parrainage et nous avons pu en lĂ©galiser prĂšs de 60 000, en dĂ©pit des obstacles et des menaces qu’ont eu Ă  subir nos militants. Mais Ă  quelques jours de la clĂŽture du dĂ©pĂŽt des candidatures, j’ai annoncĂ© mon retrait, au vu de l’implication de toutes les institutions officielles au profit d’un seul candidat.  

Le ministĂšre de l’IntĂ©rieur se doit de respecter la loi en matiĂšre d’agrĂ©ment de parti mais refuse d’agrĂ©er l’IDS. L’IDS serait hors-la loi ?

En fĂ©vrier 2012, le contact s’est de nouveau Ă©tabli avec le ministĂšre de l’IntĂ©rieur, suite Ă  la promulgation de la loi sur les partis. On nous a alors fait savoir que notre dossier de 2002 Ă©tait toujours valable mais que, comme la loi exige maintenant deux membres fondateurs par wilaya, il fallait complĂ©ter notre dossier pour remplir ce dernier critĂšre, ce que nous avons fait. Nous nous Ă©tions prĂ©parĂ©s pour tenir notre congrĂšs fin mai, la salle Ă©tait rĂ©servĂ©e, les documents imprimĂ©s
 Mais, Ă  deux semaines de l’échĂ©ance, le ministĂšre nous fait part de son refus avec comme prĂ©texte la non-conformitĂ© Ă  la loi, sans mĂȘme motiver le rejet. Nous avons alors saisi le Conseil d’Etat et nous avons alors su, par le biais de l’avocat du ministĂšre, que le motif du rejet serait le paragraphe de notre programme prĂŽnant la rĂ©gionalisation. A ce jour, c’est-Ă -dire au bout d’une annĂ©e, le Conseil d’Etat n’a toujours pas statuĂ© sur l’affaire.

Vous avez beaucoup critiquĂ© les rĂ©formes de Bouteflika et vous semblez sceptique Ă  toute forme de scrutin. Certains vous accusent, ainsi que nombre de partisans de cette vision plus ou moins sceptique, de semer du « pessimisme thĂ©orique » dans la sociĂ©tĂ©. Que faire dans ce cas ? L’AlgĂ©rie est-elle condamnĂ©e Ă  ne jamais en finir avec les transitions ?

Je n’ai jamais critiquĂ© les rĂ©formes de Bouteflika, pour la simple raison que ces rĂ©formes sont inexistantes. Certes Bouteflika a levĂ© l’Etat d’urgence, mais il l’a remplacĂ© par une loi tout aussi restrictive des libertĂ©s. Le reste demeure trĂšs en deçà des attentes. Quant aux Ă©lections, lorsqu’il y  a eu une ouverture, toute relative, en 1997, j’ai plaidĂ©, au sein du FFS, pour la participation et j’ai moi-mĂȘme Ă©tĂ© candidat. HĂ©las, le discrĂ©dit est venu tout de suite Ă  cause de la fraude Ă©lectorale. Mais si scepticisme il y a,  c’est d’abord celui des citoyens. Les citoyens ne votent pas Ă  cause de la fraude et surtout parce que les Ă©lections n’apportent pas de changement. A ce jour, il n’existe pas d’alternative crĂ©dible Ă  mĂȘme de leur faire retrouver le chemin des urnes. Dans leur conscience, les AlgĂ©riens et les AlgĂ©riennes savent qu’ils ont affaire au mĂȘme systĂšme en place depuis 1962. Les faits sont lĂ . Il n’y a aucun parti-pris sceptique.

Que faire dans ce cas ?

Mais tout simplement rompre avec les pratiques autoritaires et permettre aux citoyens de retrouver leur libertĂ© de penser et d’agir. Par exemple, commencer par lever les interdictions sur les manifestations publiques et permettre aux citoyens de s’exprimer, sans ĂȘtre confrontĂ©s Ă  la rĂ©pression policiĂšre. Permettre les confĂ©rences publiques sur simple dĂ©claration. Supprimer la tutelle du ministĂšre de l’IntĂ©rieur sur les partis. Supprimer le passage par le procureur pour la crĂ©ation de journaux. Cesser le harcĂšlement des syndicats autonomes et des dĂ©fenseurs des droits de l’homme. Ne plus harceler les couples au nom d’un prĂ©tendu ordre moral. Ne plus harceler les non-jeuneurs durant le Ramadan 
 Voila quelques pistes, parmi tant d’autres, Ă  mĂȘme de rĂ©tablir, un tant soit peu, la confiance.

Dans un climat profondĂ©ment gangrenĂ© par la corruption, les partis Ă©tant d’une fragilité  et d’une impopularitĂ© extrĂȘmes, est-il aisĂ© d’imaginer un dĂ©nouement pacifique de la situation, notamment Ă  l’horizon 2014 ?

Vous savez, la corruption Ă©conomique cause un mal considĂ©rable au pays, sur tous les plans. Mais paradoxalement, ce n’est pas le plus grave. Est-ce que la privatisation de l’Etat, du fait qu’il est dĂ©tournĂ© au seul profit d’une caste, n’est pas une corruption encore plus condamnable ? Et dĂ©tourner  la lutte de tout un peuple au bĂ©nĂ©fice d’une prĂ©tendue famille rĂ©volutionnaire, n’est-ce pas aussi blĂąmable ? Que dire aussi du dĂ©tournement de l’Islam pour en faire un moyen de lĂ©gitimation politique, faute d’une vraie lĂ©gitimitĂ© dĂ©mocratique ? Je reste convaincu, pour ma part, que le dĂ©tournement de biens matĂ©riels n’est pas le plus grand prĂ©judice que l’on ait fait subir Ă  ce pays.

Vous me posez la question des partis. Mais y a-t’il un espace pour une vie partisane lorsque l’horizon politique est bouchĂ© et que les partis sont sous la tutelle de l’administration ? Dans un pays normal, les partis se crĂ©ent et activent librement, sans aucune tutelle. Aucun des pays dĂ©mocratiques  n’a de loi sur les partis. Certains ont juste des dispositions concernant le financement, lorsqu’il s’agit d’argent public. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner du discrĂ©dit qui frappe la classe politique. C’est une constante des rĂ©gimes autoritaires que de crĂ©er un vide politique pour rendre toute alternative quasi impossible.

Vous me posez aussi la question des Ă©lections prĂ©sidentielles de 2014. Il y a dix ans, je pouvais encore rĂȘver d’un changement de cap Ă  l’occasion de l’élection prĂ©sidentielle. J’ai la ferme conviction aujourd’hui que l’élection prĂ©sidentielle ne sert qu’à prĂ©server le statu quo, c’est-Ă -dire les intĂ©rĂȘts d’une caste prĂ©datrice qui a colonisĂ© l’Etat pour mieux se servir. D’ailleurs, je vois mal un candidat de la mouvance dĂ©mocratique postuler pour la magistrature suprĂȘme. Ce serait comme si, pour employer une expression triviale, il postulait pour un emploi de dictateur !  Les prĂ©rogatives prĂ©sidentielles sont tellement Ă©tendues et la pratique tellement autoritaire que toute la vie politique et institutionnelle s’en trouve Ă©touffĂ©e. Le poste de prĂ©sident a, en rĂ©alitĂ©, Ă©tĂ© taillĂ© sur mesure pour des personnalitĂ©s issues de la RĂ©volution et adoubĂ©es par l’armĂ©e. Il ne convient, tel qu’il est conçu, Ă  personne d’autre.

Le scénario Andropov-Gorbatchev auquel vous avez déjà fait allusion dont votre entretien à El Watan et dont parle depuis un moment Chafik Mesbah est-il possible en Algérie ?

J’ai dit, dans un entretien paru dans El Watan du 16 mai dernier,  que la situation actuelle de l’AlgĂ©rie me rappelle celle de l’URSS vieillissante de Brejnev. Le pays Ă©tait dirigĂ© par une gĂ©rontocratie, l’économie totalement dĂ©passĂ©e et la sociĂ©tĂ© au bord de l’explosion. Pourtant, en dĂ©pit de son caractĂšre totalitaire, ce pays a permis l’émergence d’un Gorbatchev, ĂągĂ© alors de 54 ans, et s’est engagĂ© rĂ©solument dans des rĂ©formes audacieuses (pĂ©restroĂŻka).

Chez nous, tous les dirigeants sont issus de la lutte de libĂ©ration et sont tous trĂšs ĂągĂ©s et parfois trĂšs malades. Par ailleurs, la lĂ©gitimitĂ© historique est Ă©puisĂ©e et ne produit plus que des effets nĂ©gatifs. L’utilisation de l’Islam Ă  des fins de lĂ©gitimation a conduit aux drames dont le pays a souffert terriblement. La premiĂšre tentative de rĂ©formes, initiĂ©e par Mouloud Hamrouche, a Ă©tĂ© stoppĂ©e brutalement en juin 1991. La deuxiĂšme tentative, conduite par Liamine ZĂ©roual,  bien que beaucoup plus prudente, a Ă©galement Ă©tĂ© interrompue dĂšs avril 1999. La pĂ©riode qui a suivi a vu la remise en cause progressive des maigres acquis dĂ©mocratiques des pĂ©riodes prĂ©cĂ©dentes. Aujourd’hui, l’impasse est quasi-totale et il est temps de renouer avec les rĂ©formes.

Plus précisément


Pour rĂ©pondre plus prĂ©cisĂ©ment Ă  votre question de savoir si le systĂšme algĂ©rien est capable de produire un Andropov ou un Gorbatchev, je dirais qu’il faut plutĂŽt poser la question aux dĂ©cideurs. Mais, mĂȘme si certains officiers supĂ©rieurs ont Ă©tĂ© formĂ©s en URSS, la comparaison s’arrĂȘte lĂ , puisque dans l’ex URSS, l’armĂ©e et le KGB Ă©taient subordonnĂ©s au parti communiste qui Ă©tait le vĂ©ritable dĂ©tenteur du pouvoir. Chez nous, il y au moins trois centres de pouvoir, l’armĂ©e, le DRS et la prĂ©sidence, sans compter les lobbies civils bĂ©nĂ©ficiaires de rentes de toutes sortes.

Vous pensez qu’il est facile de trouver un Ă©quilibre qui permette l’épanouissement dĂ©mocratique de l’AlgĂ©rie entre les trois principaux centres de pouvoir ?

S’il n’y a pas de changement, j’ai la conviction que notre pays ira droit dans le mur. Outre l’ñge avancĂ© des dirigeants, dĂ©jĂ  soulignĂ©, l’impasse budgĂ©taire ne permettra plus Ă  l’avenir d’acheter la paix sociale avec l’argent du pĂ©trole. Les Ă©meutes, pour le moment localisĂ©es,  sont devenues quasi quotidiennes et menacent de se gĂ©nĂ©raliser et de changer de nature. Au plan gĂ©opolitique, l’AlgĂ©rie, affaiblie par l’inertie des gouvernants,  se retrouve quasiment encerclĂ©e par des rĂ©gimes plus ou moins hostiles, alors que la guerre fait rage Ă  ses frontiĂšres Sud. Les risques d’implosion sont bien rĂ©els avec ce qu’ils pourraient charrier  comme menaces sur la souveraineté  nationale. Le statu quo n’est plus tenable.

MĂȘme la dictature birmane dont on disait qu’elle Ă©tait la plus fermĂ©e au monde a fini par cĂ©der aux vents du changement.

L’heure du changement est donc venue. Chacun doit y apporter sa contribution. Je m’emploie, pour ma part, Ă  militer avec mes amis pour que ce changement se fasse dans l’ordre et dans la paix. Pour cela, il faut engager, sans tarder, les rĂ©formes nĂ©cessaires pour Ă©tablir,  une bonne fois pour toutes, les fondements d’un vĂ©ritable Etat de droit, respectueux des libertĂ©s et des droits de la personne humaine. Il faut rĂ©Ă©quilibrer les pouvoirs  par une dĂ©centralisation bien pensĂ©e, en accordant aux collectivitĂ©s locales la libre administration de leurs affaires et par la crĂ©ation des rĂ©gions. RĂ©Ă©quilibrer au niveau central en accordant plus de prĂ©rogatives au Parlement avec la mise en place de contre-pouvoirs effectifs, assurer l’indĂ©pendance du pouvoir judiciaire et au niveau de l’exĂ©cutif diminuer sensiblement les pouvoirs prĂ©sidentiels en renforçant les pouvoirs du premier ministre. Concernant les autres centres de pouvoir, l’armĂ©e doit poursuivre sa professionnalisation et se dĂ©sengager progressivement du politique. Reste le DRS. La redĂ©finition de ses missions est une nĂ©cessitĂ©. La fonction de contrĂŽle de la sociĂ©tĂ©, couramment appelĂ©e police politique, doit disparaitre. C’est Ă  la structure elle-mĂȘme de dĂ©finir les modalitĂ©s de son dĂ©sengagement. La mise en Ɠuvre de ces rĂ©formes demandera un certain temps.

Une fois l’ouverture politique et mĂ©diatique devenue effective, mais pas avant, il faudra aussi une pĂ©riode de transition pour permettre aux citoyens et citoyennes de s’organiser dans des formations politiques nouvelles, avant le recours aux urnes. Certains pourraient douter du bien fondĂ© d’une pĂ©riode de transition. A ceux-lĂ , il faut rĂ©pondre qu’il faut, Ă  tout prix, Ă©viter la prĂ©cipitation pour ne pas devoir remettre les clĂ©s de la RĂ©publique Ă  des forces obscurantistes et aussi qu’aprĂšs un demi siĂšcle d’autoritarisme, on peut bien patienter deux ou trois ans afin de donner toutes ses chances au nouveau rĂ©gime.

Vous avez, justement, lancĂ© avec  Mira et Ouazar une initiative pour « une deuxiĂšme RĂ©publique ».  Comment comptez-vous faire sa promotion Ă©tant donnĂ© que, rĂ©guliĂšrement, des multitudes d’autres initiatives fusent de toutes parts ?

La campagne nationale pour la deuxiĂšme rĂ©publique (CNDR) dit bien ce qu’elle veut dire. Le constat est simple : le discrĂ©dit de la politique et des partis est quasi-total chez les citoyens. La solution : trouver des moyens d’expression collective, autres que les organisations structurĂ©es. L’initiative appartient Ă  tous les citoyens et Ă  personne en particulier. Il n’y a ni comitĂ©, ni personne Ă  qui rendre compte. L’objectif  est de contribuer Ă  l’émergence d’une opinion publique majoritairement favorable Ă  un changement pacifique.  Chaque citoyen s’implique Ă  sa maniĂšre et tente de convaincre amis et proches de s’impliquer Ă  leur tour. Pour cela, il y a les rĂ©seaux sociaux : Facebook, Tweeter, Blogs, YouTube
 PrĂšs de 5 millions d’AlgĂ©riens sont connectĂ©s Ă  Facebook. Il y a les SMS, le bouche Ă  oreille et, selon les possibilitĂ©s, les confĂ©rences publiques, les entretiens avec la presse et les interventions dans les mĂ©dias lourds. D’autres moyens verront probablement le jour si la campagne parvient Ă  s’enraciner dans l’espace et le temps.

Vous me dites qu’il y a une multitude d’autres initiatives. Personnellement, je n’en ai pas vues qui vont dans le mĂȘme sens que la CNDR. Si c’est le cas, c’est tant mieux.

Enfin, pour terminer avec une note optimiste, je dirais que le changement se fera naturellement lorsque l’espoir qu’apportera la sortie de l’impasse sera plus fort que la peur du changement.

 

 

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Jean JaurĂšs

"Quelle que soit la cause que l'on dĂ©fend, elle restera toujours dĂ©shonorĂ©e par le massacre aveugle d'une foule innocente oĂč le tueur sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant". Albert Camus.

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C'est lui qu'on menace dans les secrets d'un cabinet officiel,le témoin qui doit ravaler ce qu'il sait, ce citoyen nu et désemparé... Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c'est lui. C'est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d'autres que ses petits écrits. Lui qui espÚre contre tout parce que, n'est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel)

Le nationalisme, vu par Alain Touraine

"Le nationalisme est un projet purement politique et qui cherche Ă  "inventer" une nation en donnant Ă  un Etat des pouvoirs non contrĂŽlĂ©s pour faire Ă©merger une nation et mĂȘme une sociĂ©tĂ©. Quand il est dĂ©vorĂ© par le nationalisme, l'Etat national cesse d'ĂȘtre une composante de la sociĂ©tĂ© et celle-ci risque d'ĂȘtre dĂ©truite. Le nationalisme est trĂšs Ă©loignĂ© de la modernitĂ©, et il est doublement dangereux pour la dĂ©mocratie." Alain Touraine, Un nouveau paradigme, Fayard, 2005