«L’AlgĂ©rie a besoin d’un vrai changement, amorce d’une IIe RĂ©publique»

16 mai 2013

Abdesselam Ali-Rachedi. Porte-parole de l’ItinĂ©raire dĂ©mocratique et social

«L’AlgĂ©rie a besoin d’un vrai changement, amorce d’une IIe RĂ©publique»

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texte

<br />

Abdesselam Ali-Rachedi estime que le systĂšme «est Ă  bout de souffle» et que si le statu quo est maintenu, l’AlgĂ©rie «ira fatalement droit dans le mur, Ă  cause de la gabegie et de la fuite en avant des gouvernants». D’oĂč l’urgence, prĂ©conise-t-il, d’«une pĂ©riode de transition de deux ou trois ans au moins pour jeter les bases d’une vraie dĂ©mocratie, avant le recours aux urnes».

– Quelle est l’incidence politique de l’absence du chef de l’Etat, suite Ă  sa maladie, d’autant que moins d’une annĂ©e nous sĂ©pare de l’élection prĂ©sidentielle ?

En thĂ©orie, le Parlement aurait dĂ» proclamer l’état d’empĂȘchement en application de l’article 88 de la Constitution. Comme l’AlgĂ©rie n’est pas un Etat de droit, cela ne s’est pas fait. Du reste, la Constitution est constamment violĂ©e dans plusieurs de ses dispositions. De plus, des pouvoirs de fait, non prĂ©vus par la Constitution, interfĂšrent souvent avec le pouvoir lĂ©gal et, dans bien des cas, parviennent Ă  imposer leur volontĂ©. Le terme  «dĂ©cideurs», dont la paternitĂ© revient au regrettĂ© Mohamed Boudiaf, ou celui de «cabinet noir», inventĂ© par le dĂ©funt M’hamed Yazid, rendent plus ou moins compte de cette rĂ©alitĂ©. Dans les faits, il n’y a pas de blocage, car le pouvoir rĂ©el n’est pas empĂȘchĂ©. Mais d’un point de vue purement formel, on peut considĂ©rer que l’absence du PrĂ©sident a une incidence nĂ©gative sur la continuitĂ© des affaires de l’Etat, d’autant plus que la fonction de chef de gouvernement a disparu avec la derniĂšre rĂ©vision constitutionnelle. Quant Ă  la question de l’élection prĂ©sidentielle, elle n’angoisse que les tenants du statu quo. En effet, le pouvoir rĂ©el rĂ©pugne Ă  agir dans la prĂ©cipitation et veut se donner le temps de dĂ©nicher son futur champion, de faire sa promotion et de le faire Ă©lire Ă  la tĂȘte de l’Etat.

– Au bout de trois mandats prĂ©sidentiels, l’AlgĂ©rie ne semble pas voir le bout du tunnel. Quel constat faites-vous de l’état du pays ?

L’écrasante majoritĂ© de la population algĂ©rienne est nĂ©e aprĂšs l’indĂ©pendance et ne se reconnaĂźt plus dans la classe dirigeante issue de la guerre de LibĂ©ration. De plus, ces dirigeants sont aujourd’hui ĂągĂ©s et parfois trĂšs malades. La lĂ©gitimitĂ© historique, le discours nationaliste et populiste, le recours abusif Ă  l’islam comme ressource politique sont des formules usĂ©es, devenues contre-productives par la force des choses. Le rĂ©gime, repliĂ© sur lui-mĂȘme, ne comprend absolument rien aux enjeux induits par la mondialisation au plan Ă©conomique et au plan de l’information.

La jeunesse algĂ©rienne aspire Ă  la libertĂ©, Ă  la modernitĂ© et Ă  vivre sa vie pleinement, sans le carcan des interdits d’un autre Ăąge. Surtout, plus prosaĂŻquement, les jeunes, garçons et filles, ont besoin de travailler et de disposer d’un logement, comme tous les jeunes de par le monde. Or, l’économie de rente et le recours systĂ©matique Ă  l’importation sont des obstacles insurmontables pour l’émergence d’une Ă©conomie productive, crĂ©atrice de richesses et d’emplois.

En dĂ©pit d’une embellie financiĂšre historique, la situation du pays est catastrophique. Si les choses continuent ainsi, l’AlgĂ©rie ira fatalement droit dans le mur Ă  cause de la gabegie et de la fuite en avant des gouvernants qui, au lieu de rĂ©pondre aux aspirations lĂ©gitimes de la population Ă  la libertĂ© et au bien-ĂȘtre, ont cru qu’ils pouvaient durablement acheter la paix sociale avec l’argent du pĂ©trole. Un seul chiffre suffit Ă  caractĂ©riser l’impasse budgĂ©taire : selon les donnĂ©es officielles, en 2012, le budget de fonctionnement a absorbĂ© l’équivalent de 67 milliards de dollars, soit un peu plus que le niveau des exportations pĂ©troliĂšres. Le dĂ©ficit global du TrĂ©sor, pour la mĂȘme annĂ©e, atteint le taux abyssal de 21% du PIB, contre une norme universelle de 3%. Quant Ă  l’inflation, avec plus de 9%, elle dĂ©passe allĂ©grement les 2% communĂ©ment admis. Ajoutons Ă  cela un taux de chĂŽmage officiellement autour de 10% et qui a conduit les chĂŽmeurs du Sud Ă  s’organiser pour rĂ©clamer bruyamment des emplois.

Le systĂšme est donc globalement dans l’impasse et le statu quo n’est plus tenable, sauf Ă  prendre le risque d’un effondrement gĂ©nĂ©rateur de chaos qui pourrait remettre en cause la souverainetĂ© nationale. Certes, l’AlgĂ©rie a Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©e jusqu’ici par ce que la presse a qualifiĂ© de «Printemps arabe». Mais croire que l’AlgĂ©rie est dĂ©finitivement Ă  l’abri est une vue de l’esprit. Or, ces soi-disant printemps ne dĂ©bouchent, en dĂ©finitive, que sur la prise de pouvoir par des islamistes labellisĂ©s modĂ©rĂ©s et ouvertement alliĂ©s de l’Occident.

– Depuis quelques mois, la chronique nationale vit au rythme de scandales de corruption. Comment en est-on arrivĂ© Ă  ce niveau inquiĂ©tant de prĂ©dation ?

Faut-il s’en Ă©tonner ? La corruption est une constante des Ă©conomies de rente. La rente de situation dont on bĂ©nĂ©ficie par la proximitĂ© avec le pouvoir n’a pas d’autre but que de dĂ©tourner une partie de la richesse collective Ă  son profit. Il n’y a pas de remĂšde Ă  la corruption tant que le systĂšme est ce qu’il est.

Un Etat de droit, une Ă©conomie de marchĂ© productive et l’égalitĂ© des citoyens en droits, devoirs et dignitĂ© sont les meilleurs garants contre la corruption. Concernant les scandales mĂ©diatisĂ©s ces derniers temps, il ne faut pas ĂȘtre dupe. Il ne s’agit pas ici de prĂ©tendues opĂ©rations mains propres, mais d’un Ă©pisode de la lutte de clans.

– En raison d’une vie politique plombĂ©e et Ă  la veille de l’échĂ©ance prĂ©sidentielle, la succession ne risque-t-elle pas, encore une fois, d’ĂȘtre organisĂ©e Ă  l’intĂ©rieur du systĂšme et par lui ?

C’est ce que voudraient les partisans du statu quo. Reconduire le systĂšme pour garantir les privilĂšges indus d’une caste prĂ©datrice. Mais il me semble que le systĂšme est Ă  bout de souffle. Il ressemble par certains aspects Ă  l’URSS de la fin de l’ùre Brejnev. Le pays Ă©tait dirigĂ© par une gĂ©rontocratie, l’économie totalement dĂ©passĂ©e et la sociĂ©tĂ© au bord de l’explosion. Pourtant, en dĂ©pit de son caractĂšre totalitaire, ce pays a permis l’émergence d’un Gorbatchev qui s’est engagĂ© rĂ©solument dans des rĂ©formes audacieuses (perestroĂŻka). Chez nous, une premiĂšre tentative de rĂ©forme a vu le jour entre 1989 et 1991, avec notamment la promulgation de la Constitution de 1989 qui a autorisĂ© le multipartisme. Elle avait, en son temps, suscitĂ© d’énormes espoirs. Malheureusement, la donne a Ă©tĂ© pervertie par l’irruption de l’islamisme sur la scĂšne politique, ce qui a conduit l’armĂ©e Ă  suspendre le processus dĂ©mocratique. Les maigres acquis dĂ©mocratiques ont alors, peu Ă  peu, Ă©tĂ© remis en cause.

La deuxiĂšme tentative, appelĂ©e parfois «normalisation autoritaire», est la pĂ©riode post-HCE. Elle a consistĂ© en l’adoption d’une nouvelle Constitution en 1996, une relative ouverture politique et mĂ©diatique et la mise en place des institutions sur la base, pour la premiĂšre fois, d’élections pluralistes, mais hĂ©las gravement entachĂ©es de fraude. Ce processus a, lui aussi, Ă©tĂ© brutalement interrompu en 1999. Les interdits s’ajoutant aux interdits, les institutions ayant Ă©tĂ© vidĂ©es de toute prĂ©rogative, on a assistĂ© Ă  une extinction progressive de toute vie politique. Le pouvoir a ainsi rendu impossible toute possibilitĂ© d’alternance autre qu’une alternance clanique au sein du systĂšme.
-Dans quelle mesure le projet de révision de la Constitution pourrait aider à réformer le systÚme politique ?
Il faut d’abord prĂ©ciser que le projet de rĂ©vision de la Constitution est un projet du rĂ©gime. Personne ne croit qu’il est destinĂ© Ă  la rĂ©forme du systĂšme politique. Bien au contraire, il est manifestement une Ă©niĂšme tentative de brouiller les cartes pour que rien ne change. D’ailleurs, de la façon dont ce projet est menĂ©, dans l’opacitĂ© et sans implication de la sociĂ©tĂ©, il est clair qu’il n’est destinĂ© qu’à donner un cadre lĂ©gal Ă  une nouvelle recomposition du rĂ©gime. En fait, le retour Ă  une transition dĂ©mocratique est un prĂ©alable au dĂ©bat sur une nouvelle Constitution.
La Constitution est une affaire Ă©minemment politique et non une affaire de juristes, aussi experts soient-ils.

– On Ă©voque souvent la fameuse question de lutte de clans au sein du sĂ©rail entre l’armĂ©e et la PrĂ©sidence. Quelle est la nature des rapports au sein du pouvoir ?

Les clans fonctionnent selon les principes du patronage et du clientĂ©lisme. Chaque clan essaie d’accaparer le maximum de pouvoir et de richesses. Il est Ă©vident qu’il ne s’agit pas lĂ  de richesses crĂ©Ă©es par le travail, mais de la richesse naturelle qu’est la rente pĂ©troliĂšre.

Dans un pays normal, oĂč domine l’économie de marchĂ©, le conflit, essence du politique, se situe au sein de la sociĂ©tĂ©. Chez nous, pays Ă  Ă©conomie de rente et oĂč l’Etat est privatisĂ©, le conflit se dĂ©roule au sein des appareils civils et militaires de l’Etat : c’est la lutte des clans.  Il semble que trois centres de pouvoir occupent le sommet de l’Etat : la PrĂ©sidence, l’armĂ©e et le DRS. Jusqu’en 2004, c’était l’armĂ©e, incarnĂ©e par le chef d’état-major, qui Ă©tait le centre le plus puissant. Puis le DRS, au dĂ©part une structure au sein de l’armĂ©e, rĂ©ussit, en s’appuyant sur la PrĂ©sidence, Ă  s’émanciper de toute tutelle, si bien que l’on se retrouve en dĂ©finitive avec deux centres de pouvoir principaux : la PrĂ©sidence et le DRS. Depuis 1999, la PrĂ©sidence a grandement renforcĂ© ses pouvoirs par une pratique autoritaire, consolidĂ©e dans la rĂ©vision constitutionnelle de 2008. Depuis 2009, il est manifeste que les deux clans sont devenus rivaux.

– Qu’est-ce qui pourrait contraindre les dĂ©cideurs Ă  opĂ©rer un choix de transition dĂ©mocratique ?

Plusieurs raisons pourraient contraindre le rĂ©gime Ă  des rĂ©visions dĂ©chirantes. D’abord l’épuisement de la lĂ©gitimitĂ© historique et l’ñge avancĂ© de la majoritĂ© des dirigeants issus de la guerre de LibĂ©ration. Ensuite, il y a la nouvelle donne constituĂ©e par le «Printemps arabe» et ses consĂ©quences. L’impasse budgĂ©taire actuelle peut conduire Ă  un dĂ©sastre, Ă  brĂšve Ă©chĂ©ance, en cas de poursuite de la gabegie en matiĂšre de dĂ©penses publiques.

Enfin, les problĂšmes sociaux rĂ©currents (chĂŽmage, logement, prĂ©carité ) qui frappent durement la majoritĂ© de la population tournent facilement Ă  l’émeute. Devant cette situation qui confine Ă  l’impasse, sauf Ă  jouer Ă  la politique du pire, le rĂ©gime n’a pas d’autre solution que de nĂ©gocier les modalitĂ©s d’un changement devenu impĂ©ratif.

– Quelle est votre conception du processus de transition dĂ©mocratique et comment le rendre irrĂ©versible, alors que l’opposition dĂ©mocratique est complĂštement Ă©miettĂ©e ?

AprĂšs l’arrĂȘt brutal du processus dĂ©mocratique initiĂ© par les rĂ©formateurs et l’avortement de la «normalisation autoritaire», l’AlgĂ©rie est de nouveau dans une impasse quasi-totale. Elle ne pourra s’en sortir qu’en optant courageusement pour des rĂ©formes sur tous les plans. Il lui faudra jeter les bases d’une vraie dĂ©mocratie libĂ©rale et donc ouvrir trĂšs largement les champs politique et mĂ©diatique. Il faudra aussi jeter les bases d’une vĂ©ritable Ă©conomie de marchĂ©, fondĂ©e sur le libĂ©ralisme Ă©conomique. Enfin, il faudra revoir de fond en comble le systĂšme Ă©ducatif pour le soustraire Ă  l’idĂ©ologie et jeter les bases d’une Ă©cole rĂ©publicaine. Bien d’autres chantiers devront ĂȘtre ouverts.

Mais, dans tous les cas, il faudra une pĂ©riode de transition de deux ou trois ans au moins avant le recours aux urnes. Ce dĂ©lai est indispensable pour permettre aux forces politiques et sociales de s’organiser, dans un climat de libertĂ© et de tolĂ©rance, afin de jeter les bases d’un nouveau rĂ©gime.

– L’élection prĂ©sidentielle pourrait-elle ĂȘtre le point de dĂ©part de ce processus ?

Ce dont l’AlgĂ©rie a besoin, ce n’est pas d’un quatriĂšme mandat de l’actuel PrĂ©sident ni d’un autre PrĂ©sident issu d’un consensus des dĂ©cideurs, mais d’un vrai changement, amorce d’une IIe RĂ©publique. Dans le systĂšme actuel, l’élection prĂ©sidentielle ne sert qu’à reconduire le statu quo. D’ailleurs on imagine mal, au vu des dispositions de la Constitution actuelle, qu’un PrĂ©sident dĂ©mocrate puisse accepter d’exercer un pouvoir quasi-dictatorial.

De toute maniĂšre, cette hypothĂšse relĂšve de la politique-fiction. Mais au sein du systĂšme et dans la sociĂ©tĂ© peuvent surgir des prises de conscience des risques que comporte la perpĂ©tuation du statu quo. Tout est question de volontĂ© politique. L’espoir qu’apportera la sortie de l’impasse sera alors plus fort que la peur du changement. Surtout si les rĂ©formes sont conduites de maniĂšre pragmatique, dans la sĂ©rĂ©nitĂ© et avec un esprit d’ouverture. La pĂ©riode de transition serait alors gĂ©rĂ©e par des instances provisoires, dĂ©cidĂ©es par consensus Ă  l’issue d’un dialogue national. Reste que la classe politique actuelle, Ă  l’exception de quelques personnalitĂ©s intĂšgres, est largement discrĂ©ditĂ©e aux yeux de la population.
C’est un vrai problĂšme. Aussi, l’espoir rĂ©side plutĂŽt dans les nouveaux leaders qui ne manqueront pas d’émerger Ă  la faveur de l’ouverture des champs politique et mĂ©diatique.

Hacen Ouali

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Recherche

Citations

"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques".
Jean JaurĂšs

"Quelle que soit la cause que l'on dĂ©fend, elle restera toujours dĂ©shonorĂ©e par le massacre aveugle d'une foule innocente oĂč le tueur sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant". Albert Camus.

‎"C'est en gardant le silence, alors qu'ils devraient protester, que les hommes deviennent des lñches." Abraham Lincoln

"La liberté appartient à ceux qui l'ont conquise." André Malraux

RepĂšres

« Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c'est lui. Ce pĂšre qui recommande Ă  ses enfants de ne pas dire dehors le mĂ©chant mĂ©tier qu'il fait, c'est lui. Ce mauvais citoyen qui traĂźne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c'est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu'un coup de crosse propulse au fond du camion, c'est lui. C'est lui qui, le matin, quitte sa maison sans ĂȘtre sĂ»r d'arriver Ă  son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans ĂȘtre sĂ»r d'arriver Ă  sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c'est lui.
C'est lui qu'on menace dans les secrets d'un cabinet officiel,le témoin qui doit ravaler ce qu'il sait, ce citoyen nu et désemparé... Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c'est lui. C'est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d'autres que ses petits écrits. Lui qui espÚre contre tout parce que, n'est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel)

Le nationalisme, vu par Alain Touraine

"Le nationalisme est un projet purement politique et qui cherche Ă  "inventer" une nation en donnant Ă  un Etat des pouvoirs non contrĂŽlĂ©s pour faire Ă©merger une nation et mĂȘme une sociĂ©tĂ©. Quand il est dĂ©vorĂ© par le nationalisme, l'Etat national cesse d'ĂȘtre une composante de la sociĂ©tĂ© et celle-ci risque d'ĂȘtre dĂ©truite. Le nationalisme est trĂšs Ă©loignĂ© de la modernitĂ©, et il est doublement dangereux pour la dĂ©mocratie." Alain Touraine, Un nouveau paradigme, Fayard, 2005