Autoritarisme et islamisme : 2 facettes d’une même médaille

15 décembre 2011

Les islamistes ne sont pas sortis du néant. Ils sont le produit de l’autoritarisme et de l’utilisation de l’Islam à des fins de légitimation par nos dictateurs. Dans tous les pays « arabes », l’Islam est religion d’Etat et bénéficie d’un ministère. En Algérie, c’est bien l’Etat qui a construit des mosquées par milliers et fabriqué des milliers d’imams fonctionnaires. C’est bien l’Etat qui a rendu obligatoire l’éducation islamique (dans sa version obscurantiste) dans l’Ecole publique, faisant de l’anniversaire de Ben Badis, le 16 avril, « Youm El Ilm », entretenant ainsi sciemment dans l’esprit des enfants la confusion entre théologie et science positive. On se souvient encore des nombreux « Séminaires sur la pensée islamique », organisés aux frais du contribuable, et des théologiens douteux, souvent indésirables dans leur propre pays, qui étaient recrutés par l’Etat pour répandre leur vision, rétrograde, pour ne pas dire plus, de l’Islam. C’est bien le FLN qui est à l’origine du Code de la famille et de l’institution de la Shari’a comme norme du statut personnel. Plus récemment, c’est l’Etat qui a ressuscité les zaouias, lesquelles avaient pourtant eu un comportement plus que douteux durant la période coloniale. Dans cet environnement où l’obscurantisme est cultivé par les gouvernants, l’autoritarisme engendre presque automatiquement « l’islamisme ». Entre les discours des uns et celui des autres, il y a juste une différence de degré, pas de nature. Maintenant, on peut s’amuser à distinguer islamisme modéré et islamisme radical. Mais de quoi s’agit-il en fait ? La distinction correspond à deux tactiques différentes pour arriver au même but. Les uns pensent utiliser la ruse, comme la participation aux élections, pour s’accaparer du pouvoir, les autres seraient plus enclins à recourir à la violence pour parvenir à leurs fins. De fait, en Algérie, les deux tactiques se rejoignent et se sont avérées payantes en définitive. Dans les deux cas, l’obscurantisme est au menu et chacun peut mesurer dès à présent ses effets ravageurs sur la société. On n’en sortira pas sans mettre à terre la cause première qui est l’autoritarisme du régime et son absence de légitimité. Un gouvernement qui tient sa légitimité des urnes, dans un régime de liberté, n’a nul besoin d’utiliser la religion à des fins politiques. Les dernières rumeurs, répandues à dessein, signifient que nous sommes face à une nouvelle ruse du régime qui prétend concéder une ouverture politique en intégrant les islamistes au pouvoir. En réalité, il s’agit juste d’une tentative, encore une, de restructuration de l’autoritarisme, mais en aucun cas d’une ouverture du champ politique.

One Response to Autoritarisme et islamisme : 2 facettes d’une même médaille

  1. Formation on 16 décembre 2011 at 8 h 00 min

    Cet blog est impressionnant et je viens du coup le faire suivre à une amie qui est du même avis que vous et je suis sûre qu’elle m’en sera reconnaissante. Félicitations pour cet article et le temps pour partager ces réflexions. Je serais ravie d’avoir l’opportunité de lire votre blog à ce sujet dans les prochaines semaines. Ca m’est extrêmement précieux ! 1000 mercis !

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"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques".
Jean Jaurès

"Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d'une foule innocente où le tueur sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant". Albert Camus.

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"La liberté appartient à ceux qui l'ont conquise." André Malraux

Repères

« Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c'est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu'il fait, c'est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c'est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu'un coup de crosse propulse au fond du camion, c'est lui. C'est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d'arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d'arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c'est lui.
C'est lui qu'on menace dans les secrets d'un cabinet officiel,le témoin qui doit ravaler ce qu'il sait, ce citoyen nu et désemparé... Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c'est lui. C'est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d'autres que ses petits écrits. Lui qui espère contre tout parce que, n'est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel)

Le nationalisme, vu par Alain Touraine

"Le nationalisme est un projet purement politique et qui cherche à "inventer" une nation en donnant à un Etat des pouvoirs non contrôlés pour faire émerger une nation et même une société. Quand il est dévoré par le nationalisme, l'Etat national cesse d'être une composante de la société et celle-ci risque d'être détruite. Le nationalisme est très éloigné de la modernité, et il est doublement dangereux pour la démocratie." Alain Touraine, Un nouveau paradigme, Fayard, 2005