La face cachée des dettes souveraines

8 décembre 2011

On ne comprend rien à la question de la dette souveraine si on se contente de faire le constat que les Etats n’ont pas été prudents et qu’ils se sont endettés pour combler leur déficit budgétaire. Intéressons-nous plutôt aux marchés financiers, c’est-à-dire aux créanciers. Comment se fait-il que ces investisseurs (individus ou institutions) disposent d’autant d’argent et pourquoi ils préfèrent prêter aux Etats. Faisons de la politique fiction. Supposons que les Etats, au bout d’un temps donné, finiront par tout rembourser; que ferons alors ces investisseurs de tout cet argent qui se monte à plusieurs dizaines de milliards de dollars ?

La vraie cause de la crise, c’est l’idéologie néo-libérale qui se cache derrière le concept de mondialisation. Le néo-libéralisme (pour dire qu’il y a déjà eu des périodes de libéralisme dans le passé) c’est la croyance dans le marché auto-régulé. Tout serait réglé pour le mieux par « la main invisible » du marché et les Etats n’auraient pas à intervenir dans l’économie. Cette idéologie s’est imposée au début des années 80 (les années Reagan et Thatcher !) et est devenue pensée unique après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du camp soviétique. L’émergence du néo-libéralisme est elle-même la conséquence de la panne économique dans les pays développés du fait des acquis sociaux cumulés (surtout depuis l’après-guerre), augmentant les charges des entreprises et rendant les profits de plus en plus aléatoires. Les entreprises n’ont alors pas eu d’autre choix que de se délocaliser dans des pays à bas coup de main d’oeuvre. En même temps, les capitaux oisifs qui ne trouvaient pas d’opportunités de profits substantiels dans l’économie réelle, devenue non rentable, se sont reportés sur la sphère financière, générant ce que d’aucuns ont appelé « l’économie casino ». En définitive, les détenteurs de ces capitaux, d’investisseurs dans la sphère réelle se sont mués en rentiers, achetant des actifs financiers qui leur permettaient d’engranger des profits en minimisant les risques. L’investissement le moins risqué (mais aussi le moins rémunérateur, en temps normal) consiste à prêter aux Etats. Encore fallait-il convaincre ces derniers de s’endetter. Ce sera le rôle des gourous de l’économie de l’école de Chicago qui ont imposé le « consensus de Washington ». Leur credo : c’est l’Etat qui est le problème de l’économie. Il faut donc faire maigrir l’Etat et déréguler. Faire payer moins d’impôts et diminuer les dépenses. Diminuer la charge fiscale a été très facile mais les Etats ont tous échoué à baisser les charges de manière significative, notamment celles correspondant à des acquis sociaux, fruit des luttes séculaires des salariés. D’où le déficit structurel. Il fallait donc emprunter pour combler le déficit, puis emprunter pour rembourser la dette échue… En définitive, une perte de souveraineté au profit d’intérêts privés. Moralité : il n’y a pas de solution s’il n’y a pas de rupture avec le néo-libéralisme !

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Jean Jaurès

"Quelle que soit la cause que l'on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d'une foule innocente où le tueur sait d'avance qu'il atteindra la femme et l'enfant". Albert Camus.

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"La liberté appartient à ceux qui l'ont conquise." André Malraux

Repères

« Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c'est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu'il fait, c'est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c'est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu'un coup de crosse propulse au fond du camion, c'est lui. C'est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d'arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d'arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c'est lui.
C'est lui qu'on menace dans les secrets d'un cabinet officiel,le témoin qui doit ravaler ce qu'il sait, ce citoyen nu et désemparé... Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c'est lui. C'est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d'autres que ses petits écrits. Lui qui espère contre tout parce que, n'est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste. » (Saïd Mekbel)

Le nationalisme, vu par Alain Touraine

"Le nationalisme est un projet purement politique et qui cherche à "inventer" une nation en donnant à un Etat des pouvoirs non contrôlés pour faire émerger une nation et même une société. Quand il est dévoré par le nationalisme, l'Etat national cesse d'être une composante de la société et celle-ci risque d'être détruite. Le nationalisme est très éloigné de la modernité, et il est doublement dangereux pour la démocratie." Alain Touraine, Un nouveau paradigme, Fayard, 2005